MAGNIFICA HUMANITAS
Le sigle « IA » a désormais sa place dans le langage courant au point qu’il y a désormais en France un « ministre délégué à l’Intelligence Artificielle et au numérique ».
Dans son encyclique Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), parue en mai 2026, le pape Léon XIV pointe un aspect constitutif de l’IA qui pose un problème structurel : dans le contexte de la révolution numérique « le niveau supérieur n’est pas l’État, mais chaque grand acteur économique (…) exerçant un pouvoir de fait sur les conditions de la vie en communauté »[1]. En effet, les États, et pas seulement les « petits États », sont dépendants de ceux qu’on appelle les « géants de la tech » qui sont avant tout des entreprises. Or, leur souci est moins l’emploi que leur profits et l’enrichissement de leurs dirigeants sans parler d’autres raisons idéologiques les plus diverses. Ces quelques dirigeants sont les maîtres du jeu… Au-dessus des chefs d’États et parfois en dépit de leur souveraineté. Qui freinera un de ces géants ? Nous sommes à la merci de la volonté très puissante de ces dirigeants non élus… Le libéralisme a le champ libre : ils ont un pouvoir, et ils l’exercent comme bon leur semble. Les enjeux sont immenses.
Ces enjeux mondiaux nous semblent bien loin de notre quotidien, et pourtant, nous y sommes reliés par l’usage et parfois la confiance que nous faisons à l’Intelligence Artificielle. Comment pouvons-nous être libres par rapport à l’IA ? À notre toute petite échelle, il nous faut, me semble-t-il :
- la connaître, l’utiliser (elle peut tellement faciliter – à première vue – nos vies quotidiennes !). Nous rendre compte de ce qu’elle a de fascinant ! Reconnaître ce qu’elle peut avoir de bon.
- en être libres : savoir et pouvoir s’en passer. C'est-à-dire ne pas tout lui confier… chercher par nous-mêmes ; lire ; nous cultiver ; former notre intelligence ; oser la rencontre et le débat avec des personnes en chair et en os.
Les enjeux de formation à la liberté sont énormes, en particulier au sein de l’école et de la famille. Même au niveau de la foi, de la catéchèse : l’IA pourrait tant nous apporter de solutions, de réponses à nos questions. Elle pourrait être le catéchiste idéal. On peut la solliciter quand on veut, elle nous fait des réponses qui nous semblent intelligentes… Mais elle n’est qu’un perroquet !...
L’IA ne sera jamais un témoin du Christ ! Et c’est cela ce qu’on demande à un catéchiste ! La foi n’est pas une somme de réponses à nos questions… la foi, c’est la transmission d’une Parole qui transforme nos vies, qui nous donne la lumière, et qui nous donne de la partager en frères et sœurs.
L’IA nous fait aussi miroiter la possibilité du « tout, tout de suite »… alors que, et les paraboles agricoles du royaume du mois de juillet nous l’ont rappelé, la patience obtient tout. En ces temps où tout va trop vite, apprenons la valeur du temps, de la persévérance, de l’effort, de la patience… C’est une manière de ne pas céder aux illusions de facilité et de puissance… et de ne pas être le jeu de quelques personnes qui ont tant de pouvoir en leurs mains. Il est plus que jamais temps d’être libres.
P. Édouard Roblot+
[1] Léon XIV, Magnifica humanitas, n°71. Cf. aussi le n°67 : « quand ces biens restent concentrés entre les mains de quelques-uns, sans formes adéquates de partage et d’accès, il se crée un nouveau déséquilibre »