« Mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs »
Au début du mois dernier, notre évêque Mgr Percerou, a souhaité que la retraite sacerdotale soit prêchée sur le thème de la Miséricorde à l’école du Bienheureux Jean-Joseph Lataste, dominicain (1832-1869).
Nous étions 25 prêtres, quasiment tous ignorants de qui était ce dominicain mort si jeune. Il est fondateur des sœurs de Béthanie, communauté regroupant des femmes dont certaines avaient purgé une peine de prison. Aucune des sœurs ne savait le passé des autres. Elles n’avaient pour seul but que de prier, d’être unies à Dieu et d’éprouver sa Miséricorde. Le père Lataste, fraîchement ordonné prêtre est appelé par un aumônier de prison à venir prêcher une retraite pour des détenues au château de Cadillac (Gironde). 400 femmes y étaient enfermées, sous la garde de religieuses auxquelles l’État français confia ce rôle jusque dans les années 1920 (après la séparation de l’Église et de l’État !). On pensait en haut-lieu, que la religion avait des vertus de redressement…
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Le père Lataste prépare sa prédication et arrive avec ses notes devant ce bâtiment familier puisqu’il est natif de Cadillac. Mais il n’avait jamais franchi cette porte, et n’imaginait en rien ce qu’il allait y trouver. Notre prêcheur se tient donc devant 400 femmes, têtes baissées et silencieuses. Il réprime un haut-le-cœur et s’emploie à prêcher : « je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m’ayez appelé, et vous tendant les mains, je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères Sœurs. »
Le Père Lataste découvre en prêchant, combien il est proche de ces femmes, criminelles, condamnées, à l’aspect repoussant : « Et d’où vient que vous m’êtes si chères, vous que le monde oublie et méprise ?... C’est que nous sommes ministres d’un Dieu qui vous aime malgré vos souillures, d’un amour sans égal ici-bas, d’un Dieu qui vous poursuit de son amour sans cesse, et se sert de mes paroles pour frapper à votre porte et vous dire tout bas : “Pauvre enfant, donne-moi ton cœur”».
Au cours de cette retraite, je pensais à ce carême qui allait venir. Et, entendant le récit de ces femmes touchées au cœur par les paroles de la prédication de ce père Dominicain, je me disais combien nous pouvions leur ressembler nous-mêmes : n’avons-nous pas quelque péché qui nous enferme et nous défigure ? Ce carême est le temps de pénitence que l’Église nous donne pour nous confesser et recevoir la Miséricorde en plein cœur, comme ces femmes détenues, libérées par la grâce.
Alors, permettez-moi – si vous êtes réticent au sacrement du pardon ou pensez qu’il n’y a pas de pardon pour vous - de vous adresser les douces paroles du Père Lastaste : « pauvres âmes qui doutez ainsi de la bonté de Dieu, vous ne savez plus tout ce qu’il a fait pour vous obtenir le pardon de vos fautes ; vous ne savez donc plus que si grandes qu’elles puissent être, elles n’atteindront jamais aux proportions de sa miséricorde infinie ; vous ne savez plus qu’après tout ce qu’il a fait pour les hommes, la plus grande injure que vous puissiez lui faire c’est de douter ainsi de son amour et de sa bonté ! »
Père Édouard ROBLOT + curé